oupés, Cabriolets, et carrosseries spéciales de Traction-Avant CITROËN

La 11BL découvrable A.E.A.T. 1937 de M. H.

 

 

 

REDIGE PAR L’ANCIEN PROPRIETAIRE : Avec tous mes remerciements. Gilles

Ma Traction

La Comtesse

40 ans de vie commune

Je recherchais, en 1969, une voiture décapotable, avec une préférence pour la Spitfire de la marque Triumph, et de couleur rouge. J’avais une 4 CV Renault qui me permettait de faire mes allers et retours Rouen-Le Havre en alternance avec mon condisciple et ami, Henri, possesseur d’une Traction 11 BL de 1951. Je n’avais trouvé qu’une Triumph Herald bleu clair bien insipide, quand Henri m’informe qu’une Traction décapotable 4 portes était à vendre !

 Ni lui ni moi n’avions vu une telle voiture, elle était sur un parking, rive gauche de Rouen, près du garage Triumph qui n’existe plus depuis bien longtemps.

 Le vendeur, d’une laideur insupportable mais d’une élégance rare me fait part de la vente de cette voiture ayant appartenu à une comtesse de Clermont Ferrand, la comtesse de Fenouillet qui l’aurait cédée contre une Triumph décapotable. La capote était en mauvais état, je négocie l’achat à 1500 Francs avec une nouvelle capote.

 Je dois dire que, démontant et remontant en quelques heures un moteur de Vélo Solex, pompe à essence et sa bille nylon comprise, connaissant sur le bout des doigts le moteur de la 4 CV, je n’aurais jamais acheté cette Traction sans la connaissance approfondie d’Henri du moteur de la 11 CV. Tractations faites, nous voilà, Henri et moi, partis pour l’IUT du Havre, un lundi d’octobre 1969. Consciencieux, je vérifie à l’arrivée le niveau d’huile qui s’avère minimal, plus une goutte, avant de m’apercevoir que l’huile coulait, limpide, par la ligne d’arbre. Retour à Rouen avec arrêts fréquents pour vérifier l’huile et remettre à niveau.

Le père d’une amie d’enfance, Monsieur Chibran, mécanicien et connaisseur de Tractions, se propose, suite à ma demande, de la réparer. Ce fut un travail de longue haleine mais rondement mené avec rectification de la ligne d’arbre au régule par les Etablissements Demolin de Rouen. Réparée, les allers et retours pour l’IUT reprirent en alternance puis vinrent les vacances de février

Je proposais à mes deux meilleurs amis de l’époque, Henri et Alain, de passer ces vacances en Angleterre avec, comme impératif, l’ordre de Monsieur Chibran de resserrer les goujons de la culasse une fois les 1000 kilomètres de rodage atteints. Traversée par le ferry de Dieppe, débarquement à New Haven, remontée vers Londres. A Croydon, une voiture fit un demi tour périlleux devant nous et nous doubla en nous intimant l’ordre de nous arrêter. Un fou furieux me bombarda de questions sur la voiture et prit une centaine de photos. Il est vrai que les anglais sont encore plus amoureux que nous des vieilles voitures.

Arrivés dans le Northamshire pour y retrouver des amis d’enfance. Trop tard dans la nuit et de crainte de les déranger, nous dormons dans la voiture, il n’y avait que deux duvets. Je pensais me garder la place de choix dans la voiture, mes deux amis ayant décidé de dormir à la belle étoile dans les duvets. Nuit glacée et givre le matin…je ne me souviens pas, de ma vie, avoir eu aussi froid ! C’est à Irthlingborough qu’un mécanicien resserra les goujons de la culasse en lui indiquant la méthode de l’escargot préconisée par Monsieur Chibran. Les données de clés dynamométriques étaient difficilement explicables et applicables. Nous nous sommes chargés, Henri et moi, de régler ensuite les culbuteurs. Un jeu d’enfants. Escapade dans le Sommerset, Bath, Bristol, et c’est ainsi que la Traction vit le remarquable site de Stonehenge.

Ce furent les premiers travaux, mais pas les derniers…un retour d’allumage fit casser la tête de démarreur en alpax, fragilisé par le vieillissement ! Monsieur Chibran fit encore des merveilles.

L’été suivant, les 2 Tractions -celle de Henri et la mienne - descendirent dans l’île de Ré. De jolies photos témoignent de ces vacances, les 2 Tractions faisaient leur effet, celle de Henri peinte en décoration « Pie » pour reproduire celle que son père avait commandée neuve chez Citroën dans les années 50- en insistant malgré la réticence du vendeur de l’époque pour qu’elle soit livrée suivant ses désirs : peinture noire exceptée pour les portes et les surfaces latérales surplombant les ailes, ainsi que la male peintes en blanc (le couvercle de la roue de secours restant noir). Je pense me souvenir que c’était la livrée des Tractions de la police de New York.

La mienne, de part son originalité, forçait l’admiration

 

Cette île est notre lieu de vacances depuis les années soixante et j’ai dû y descendre 3 ou 4 fois.

 …

Automne 70, l’armée de l’air m’appelle sous les drapeaux de la BA 103 de Cambray. Voulant laisser ma Traction en lieu sûr pendant cette année de service militaire, j’eu l’idée de demander à Jacky Pichon, fils du fondateur du musée d’automobiles de Clères, d’intégrer ma 11 CV dans sa collection, ce qu’il fit de bonne grâce. Je le connaissais bien, j’allais souvent faire visiter son musée à des amis. En face du musée, l’Auberge du Cheval Noir qui leur appartenait était le lieu de rencontre privilégié des clubs de voitures anciennes. On y mangeait, d’ailleurs, remarquablement bien. Monsieur Pichon père, aidé par son fils, Jacky, avaient fondé ce musée dans l’après guerre. Leur pièce de bravoure était une 40 CV Renault de course des années 30, entièrement reconstruite d’après des plans d’époque qu’ils s’étaient procurés. Après le décès de son père, Jacky se spécialisa surtout dans les blindés de la guerre de 40, sa clientèle changea, il n’eut pas le succès escompté ; trop accueillant et trop souvent derrière son comptoir, l’affaire périclita et il mit fin à ses jours dans les années 80.

 Vinrent ensuite les grands voyages, époque glorieuse des rallyes et des Clubs. L’Angleterre à nouveau avec le club Citroën de Rouen sous la présidence de Monsieur Bimont, possesseur d’une superbe B 14. Ce fut la côte sud par un long week-end ensoleillé, Brighton et ses pears, le remarquable musée de l’automobile de Lord de Beaulieu, vieille noblesse français immigrée, sans doute, depuis 1066. La Hollande avec ce même club, pour un rassemblement de Tractions ; nous n’étions que 5 français au départ rejoignant une dizaine de belges à Bruges pour terminer en Hollande un regroupement d’une centaine de voiture. Plusieurs photos en témoignent. Nous fîmes la connaissance d’amis hollandais et, 1 an plus tard, nous décidions, Bruno, Max, Joël et moi, de repartir les voir.

C’était l’époque du premier choc pétrolier, ces week-ends pendant lesquels les européens n’avaient pas le droit de rouler chez eux pour marquer les esprits quant à la cherté de l’essence ! Il suffisait de rouler le vendredi en France et d’arriver le samedi en Hollande ! Je me souviens d’autoroutes belges et hollandaises libres de toute circulation, seulement quelques étrangers comme nous rompaient le silence… après avoir vu les marchés aux fromages de Alkmaar et les canaux d’Amsterdam, nous en profitâmes pour monter jusque dans la Frise, l’île de Texel, un autre monde, le Finistère du nord et le fameux pont -digue d’une trentaine de kilomètres de long, donnant l’impression, en son milieu, de rouler en pleine mer !

 La capote, refaite dans les règles de l’art en toile, commençait à rétrécir sérieusement. Il m’était de plus en plus difficile à la fermer tant la toile rapetissait. Il me fallut la changer et la faire refaire par un vieux professionnel qui m’avait été recommandé. Son échoppe se trouvait rue du champ de foire aux boissons, une rue qui n’existe plus depuis les transformations du quartier de la préfecture de Rouen. Cet artisan me proposait une toile plastifiée qui n’a jamais bougé depuis. Je profitais de la démonte de la capote pour faire repeindre la voiture par un artisan de Bonsecours pour 500 Francs. La peinture d’époque était saine mais terne ne tenant pas le lustrage. Dans le même temps, je fis refaire les chromes par une société du Havre.

 La voiture commençant sa carrière de prestige m’était demandée pour les mariages des amis. Puis ce fut le mien pour lequel je fis refaire tout l’intérieur par un cousin de ma belle famille qui venait d’obtenir son C.A.P de tapissier. Après avoir recherché sans succès les tissus d’époque, bien qu’aidé par Mademoiselle Jacqueline Dupont de la Société Citroën qui faisait l’interface entre l’usine et le club, je me décidais pour un velours côtelé rouge brique qui fait toujours merveille. De nos jours, on peut trouver tous les coupons que l’on veut dans les sociétés spécialisées de restaurations de voitures anciennes…mais, il n’y a rien à regretter sachant que la Société AEAT refaisait les intérieurs à la demande de ses clients. Ç’aurait été la mienne ! Trois semaines plus tard, ce fut le mariage de Joël, précédemment cité, pour qui je n’ai jamais fait tant : Témoin du mariage civil, Organiste à la cérémonie religieuse en la collégiale d’Auffay, Chauffeur en ma propre Traction. Il me l’a bien rendu, je suis le parrain de son fils…

C’est à cette époque que je fis la connaissance d’Olivier de Serres qui vint me voir afin de prendre des photos techniques de la voiture pour étayer un paragraphe d’un de ses ouvrages relatif à l’histoire des Tractions. J’en garde un très bon souvenir.

Dans les années 80, 90 les rassemblements de vieilles voitures des premiers beaux week-ends de printemps et les derniers d’automne furent privilégiés, ceux du Château de Fleury la Forêt, chaque année, Pont Saint Pierre, épisodiquement… J’avais le souci de me faire prier pour ouvrir le capot moteur, celui-ci était sale et peu glorieux ! Je pris la décision de faire refaire toute la peinture sous le capot du moteur sans imaginer où cela me mènerait. Je le fis faire par un garagiste de campagne que je connaissais bien, Monsieur Grandserre de la Neuville Chant d’Oiselle fit appel à un de ses anciens employés en retraite, amoureux et connaisseurs des Tractions. Le démontage du moteur pour repeindre le berceau engendra une série de travaux qu’il fallait faire puisque tout devenait accessible…c’est ainsi que l’embrayage, la chaîne de distribution, toute le circuit électrique et j’en passe, furent refaits.

Quelques sorties entre amis égayaient les instants de la Comtesse. Celle-ci fut mémorable :

Deux amis organistes et moi-même allions écouter un concert dans une abbaye prestigieuse, « L’abbaye de Bon-Port » en cours de restauration à quelques 30 kilomètres de Rouen.A mi chemin, panne subite à Saint Adrien, exactement devant une des premières maisons qu’habita Jacques Anquetil. La durite d’arrivée d’essence venait de se désolidariser du carburateur et l’essence coulait à flot engendrant une odeur caractéristique qui reste dans l’esprit et les narines de ces amis qui ont échappé, ils en sont sûrs, à une mort certaine semblable à celle de Jeanne sur son bûcher. On en parlait encore il y a peu !

Pas une seconde ce scénario ne m’effleura !

 La vie professionnelle, les occupations familiales, d’autres passions débordantes et prenantes firent que d’années en années la Comtesse fut quelque peu délaissée, ses seuls déplacements se bornant aux quelques mariages des enfants des amis et aux contrôles techniques !  La retraite arrivant, je serai de moins en moins à Rouen et de moins en moins disponible pour faire prendre l’air à la voiture qui se morfond dans son garage acheté spécialement pour elle il y a 15 ans qui, bien que dans une résidence chic, reste bien sombre

Ce n’est qu’en ce début d’année 2009, 40 ans après l’avoir découverte, que l’idée me vint de m’en séparer.

Grâce à des forums Internet, un passionné à qui je dédie ces lignes en fit l’acquisition. Je pensais avoir une larme en la voyant partir et c’est plutôt du bonheur que de la savoir en de si bonnes mains, elle n’est plus seule dans son garage sombre mais accompagnée d’un magnifique chevalier servant en la présence d’un splendide coupé Traction 2 portes 7 CV de 1936 à qui elle raconte ses histoires de comtesse

 

 Pour terminer, une belle photo d'époque (une autre série ici)